j’ai peur…
de vieillir, j’ai peur d’avoir peur, peur de souffrir et de mourir, subitement ou à petit feu, mourir seul ou entouré, donc toujours seul, conscient ou inconscient, mourir tout court… peur de mourir aimé ou abandonné… peur de laisser ceux et celles que j’aime…
j’ai peur de vivre trop longtemps, trop longtemps non content, au sens anglais du terme content, mourir et laisser contenu et contenant, vidé de mon âme… de mon essence… de mon esprit qui divague… et s’évade ves l’au-delà…
j’ai peur du vide, en moi et hors moi, vide plein de peur et de vertige… peur du trop plein de pensées, d’émotions et de peurs… peur de mon arrogance devant l’incertain, devant l’autre, devant moi…
j’ai peur de ne pas savoir, de trop savoir, de tout savoir, de trop vouloir, de ne rien vouloir savoir, peur de voir le noir, de la pénombre et de mon ombre… peur de me faire avoir… et de me faire voir… par moi, par toi et par quiconque…
j’ai peur de l’inconnu, mais encore plus du connu, qui de toute façon n’est plus, que souvenir et fumée dissipée dans les méandres du passé… dans le jour du souvenir… dans la nuit de l’oubli…
mais j’ai aussi et surtout le courage de mes peurs… mes peurs assumées, mes peurs à moi, face à moi, face à toi, toi qui me renvoie à mon besoin de toi, à mon manque de moi…
le courage de ma voie perdue par moment, ma petite voix intérieure qui me crie en chuchotant par dedans… courage mon homme ! qu’elle me dit, je suis ta peur, fais moi confiance, je te guiderai, jusqu’à toi, te protégerai, te mènerai jusqu’à ta destinée qui se trace peur par peur, de courage en courage… suis ta peur… jusqu’à moi… je suis toi et tu t’émois…
le courage de me regarder en pleine face, derrière le visage originel, derrière le masque, sous mes masques, où se cachent les yeux de Dieu, mes yeux, tes yeux… ces masques derrières lesquels je me dissimule au regard de tous, de toi, mais aussi de moi… mes yeux qui regardent vers dehors, voyant mal dedans…
le courage de danser avec mes démons, avec mes ombres, avec ces parties de moi qui je voudrais absentes, disparues, cachées…
court âge, court, car je ne vous crains plus années passées, années qui filent et se défilent au compteur du maintenant… et que mon âme rajeunisse, même si mon corps plisse et rapetisse, qu’il se crispe et se contracte…
chaque ride du corps me rappelle la force de la vie qui passe, me dépasse, me déclasse, cette force en moi, cette force de moi, ce moi qui se tasse et brasse la cage du temps qui passe… ce moi qui rendra les armes au passage du corps… vers la prochaine étape…
à maintenant…
« Le courage véritable n’habite jamais ceux qui, trompant leur conscience, n’osent pas regarder leurs propres torts ».
– Samuel Taylor Coleridge
