serrer la main de la mort…

217849_277323079059846_1507947997_ntrentième digression de l’an 13… (s’éloigner pour se rapprocher)… 14/1

je viens de serrer la main de la mort… je l’ai regardé dans les yeux et elle m’a regardé en retour… elle m’a fixé, sans être totalement ici, ni là d’ailleurs… ailleurs…

et je comprends maintenant ma retenue de mots de ce matin, cette appréhension sans objet… vague prémonition d’un moment à venir… rencontre d’une matante qui s’apprête à partir…

j’arrive en effet de visiter mamatante aux soins palliatifs… en fait, elle n’y est mais qu’encore un petit peu… pas encore là-bas, plus tout à fait ici… un espèce d’espace flottant, une salle d’attente ambigue, pleine d’ambivalence… pré bardo dans le corps… pulsion d’un élan vers l’au-delà, avec une retenue de peur et d’hésitation qui garde encore le corps ici… mais si peu…

quel choc pour le ptit neveu que de voir sa matante préférée tellement marquée par la vie qu’elle ne le reconnaît même plus, et lui qui la reconnaît trop bien… qui la revoit pleine de vie, pleine de pep et de rires… elle qui dit tout et n’importe quoi, en même temps, lui qui ne dit rien et qui ne peut que la regarder franchement dans les yeux, ces yeux qui ne sont plus tout à fait ici, mais pas encore là-bas, ouverts mais couverts d’un voile…

et en sortant, une grosse pluie froide et grasse qui vient couronner ce sombre moment d’éternité dans le coeur du ptit neveu… alors quoi faire d’autre que de marcher dans la ville, sous la pluie, sans but, nulle part où aller, marcher pour ne pas rester sur place, pour ne pas rester de glace…

marcher dans la ville grise et sale d’un faux printemps, grande salle d’attente de ce moment que l’on redoute tant et que je viens de fixer du regard pendant quelques heures… ce regard à moitié vide qui me fixe encore, qui me suit dans la ville grise et sale, salle d’attente…

marcher et flotter et croiser ces regards d’étrangers qui, tout comme vous et moi, finiront comme la matante à ati… déchirés par la vie et la mort, mus par la vie, appelés par la mort… avec un grand vide à remplir entre les deux…

journée de face à face avec la mort donc, et de pile ou face avec la vie… cette mort si intangible, si souvent refoulée car faut que ça roule la vie, faut que ça marche dans la ville, vers nulle part, vers le doute, prendre la route… marcher sans but, marcher la route, marcher son doute… marcher sa parole qui ne dira plus rien un jour, donc apprivoiser ce silence dès maintenant…

et en même temps que le rappel de cette mort qui se cache à chaque prochain détour – justement, une jeune fille de 20 ans a été tuée subitement et par hasard ce week-end à Sherbrooke par un chauffard, on ne sait donc vraiment jamais quand – la vie nous pousse au cul, la vie nous appelle, la vie nous tire par en avant, pas à pas, marchant dans la ville vers nulle part…

lundi sombre, lundi d’ombre, un grand été en hiver… qui se déguise en printemps… le soleil joue à la cachette avec les nuages, la vie embrasse la mort, la mort enlace la vie… tandis que la vie et la mort dansent le tango avec nous, qu’elles nous narguent et nous invitent… ce sont elles qui mènent, alors on les suit pas à pas… ou pas… so you think you can dance ?

danser avec la mort, jouer avec sa vie, tout prendre à bras le corps pendant que l’on veuille bien nous prêter ce souffle si précieux qu’on prend souvent pour acquis… et moi qui me prend si souvent pour ati… quand dans le fond je ne suis rien d’autre qu’une matante en attente, la grande attente, la tendre attente… salle d’attente…

allez, je retourne à mes pas vers nulle part, vers ici, vers tout de suite… dans la grande ville grise et salle, salle d’attente vers la suite…

10 réflexions au sujet de « serrer la main de la mort… »

  1. Avatar de SamanoSamano

    Oui. Je comprend! il y a des jours ou on vois très bien que nous aussi on est en sursis et ça donne le vertige!

    Amitié+tendresse+compassion

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  2. Avatar de Marcel MoraisMarcel Morais

    La mort nous permet de grandir en tant qu’être humain, à se questionner face au sens de notre vie, de notre propre mort et elle ne nous laissera jamais indifférents. Cette mort nous permettra peut-être de mieux apprécier la vie, de nous demander pourquoi on court et après quoi on court tant ?Quelles sont les choses les plus importantes pour soi ? Faut-il mourir ou perdre quelqu’un pour commencer à vivre vraiment ? À se dire enfin que l’on s’aime ? Et toutes ces questions auxquelles on prend rarement le temps d’y répondre…

    On peut aussi vire d’amertume et de tristesse pour les jours qu’il nous reste, cela demeure notre choix.

    Marcel

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  3. Avatar de Chantal DesleuriersChantal Desleuriers

    Touchant Ati ta visite à matante… Oui, on ne sait jamais… Ou on sent parfois…
    Que peut-être ça s’en vient, la mort…Quoi dire? Quoi faire? Oser en parler?
    Avec mon père j’ai osé, avec ma mère j’ose pas…
    Comme on ne sait pas vraiment d’avance j’espère que mon intuition se trompe…
    Je quitte mes parents demain pour revenir au Québec…
    C’est lourd parfois ce temps entre deux monde…
    Je t’envois un peu du soleil que j’ai pris aujourd’hui pour réchauffer ton coeur cher ami…
    Chantal

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  4. Avatar de Alain LeBlondAlain LeBlond

    Je côtoie la « grande faucheuse »…de par mon métier en centre hospitalier de longue duré, depuis plus de 20 ans! Et j’avoue, que je ne me souviens pas, de « tout les visages » de ceux qui ont quitter! (même dans l’année qui viens de passée…y’en a trop!)…et qui souvent parte asser vite!
    Avec certains on passent quelques mois…quelques année même…
    Certains, nous touchent plus, par affinité? (on entre un peu en résonance avec eux)…d’autres moins…
    C’est pas de la famille…même si quelque fois on tisse quelques liens…mais rarement on se laisse envahir par trop d’émotions…on apprend à garder une certaine distance « de sécurité » sinon..ce serait trop difficile!?
    On apprivoise, une certaine relation avec la mort..un certain respect (pas pour le corps inanimée…mais pour ce qu’il a été!)
    Des bulles de souvenirs..bulles de rires, bulles de complicité…bulles de réconfort…etc.
    Mais….jamais aussi fort qu’avec quelqu’un de très proche!

    À force de rencontrer la mort…je sais pas si ont c’y fait vraiment? (sans doute plus facile avec des personnes agé)? qui on pu vivre et avoir une expérience de la vie sur notre belle planète?

    Le questionnement reste pourtant..relation vie..mort. Retour…vers autre chose, de plus grand que ce petit passage…sur la planète bleu?!

    Mais quelle belle opportunité que nous avons d’y « vivre » toute la gamme des émotions…et peu être aussi de s’éveillé à en comprendre mieux le jeu…
    Merci Ati…Une autre de tes chronique qui brasse, et qui nous porte vers…plus loin!
    Condoléances…

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  5. Avatar de RaviRavi

    très approprié cette chronique….. cela habite mes pensées depuis des mois….. ce passage vers …….
    l’accompagnement de Sashi m’a aidé à saisir qu’elle était seule face à elle même, face à son «destin», son karma, et que c’était ce qui était le plus important pour elle….. et que mon rôle était celui d’un facilitateur, protecteur, aidant, autour, pour lui permettre de le vivre pleinement…..
    mais en même temps très douloureux, ce détachement, ce lâcher prise, ce je suis avec toi car c’est ton chemin maintenant, ce je ne le veux pas en même temps

    après son grand passage je me suis rappelé son partage à la cérémonie de fin de mars’11 où elle avait dit «je suis allé de l’autre coté cette nuit, et je n’ai pas peur de la mort, c’est tellement beau».

    et nousqui fuyons ? nous meublons nos espaces temps pour ne pas sentir cette appréhension…..

    nous sommes des matantes en attente fuyant par en avant……….

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