chronique quatorzième / 20-8-13
kapatakan signifie «sentier» ou «portage» en montagnais… c’est aussi le surnom du sentier Notre-Dame, longeant le Saguenay sur près de 100 kms, pour se rendre au lac géant et un peu plus loin… vous avez le tracé sur la photo ci-haut… (image tirée du documentaire)
kapatakan part d’une statue géante de Marie surplombant le Fjord du Saguenay à Rivière-Éternité et se termine par une autre statue de Marie à l’Ermitage St-Antoine du Lac Bouchette, 215 kms plus loin… Sainte-Marie priez pour nous heureux marcheurs… un pas à la fois, chaque pas vers la foi…
j’ai marché ce sentier du 1er au 7 juillet 2013, en solo…pour marquer la fin d’une relation et le début d’une nouvelle étape de vie…
j’ai marché avec mes deux pieds, et leurs ampoules, un pas à la fois… des centaines de milliers de pas, mais toujours, qu’un à la fois… un pas, plusieurs fois… plusieurs pas, la même foi…
j’ai marché ma parole, en silence pendant une semaine, avec moi-même et tout mon bagage de vie dans la tête et le coeur, et tout mon bagage de la semaine sur le dos…
j’ai marché avec mes pieds et avec la tête, ma tête pleine de beauté et d’images de nature grandiose… majestueux Fjord…
j’ai marché avec ma tente sur le dos le jour, et moi dans la tente la nuit… libre, libre, libre… sur les bords du Saguenay ou du lac Kénogami, dans un champs ou dans un bois…
j’ai marché un peu, j’ai marché beaucoup, je n’ai que marcher, que marcher… et j’ai encore beaucoup envie de marcher, beaucoup envie, plus envie, marcher plus, marcher beaucoup… marcher plus loin, plus longtemps, pour aller au bout du moi, l’autre bord du moi… moi, marcher, marcher des mois et des mois… encore et encore… car petit pèlerinage quand même que celui-ci… gimme more…
justement, un ami me demandait la semaine dernière quand je raconterais un peu ce pèlerinage en chronique… et ce qui est spontanément monté face à cette question est que je ne savais trop comment en parler…
comme si c’était quelque chose de trop personnel un pèlerinage, trop intime pour le déballer, trop précieux pour sortir les mots de mon baluchon… je ne savais quoi en dire… quoi dire de tous ces pas qui ont foulé le sol ? de tous ces entre pas ? on marche sa parole comme on vole chaque pas à la vie…
et voilà que je reçois hier la bande annonce du documentaire que deux pèlerins – devenus amis en l’espace d’une rencontre – ont tourné fin juin début juillet en marchant eux-mêmes ce pèlerinage, et le filmant, le mettant en images… deux pèlerins que j’ai rencontré à mon arrivée à l’Ermitage au Lac Bouchette…
pour les besoins de la cause, ils m’on interviewé en lien avec ma marche… un petit bout d’entrevue se retrouve dans ce petit bout de film… j’ai passé une journée en leur compagnie, une brève et belle amitié est née… on est d’ailleurs censés se revoir dans les prochaines semaines ici dans les Laurentides… connexion pèlerine…
je n’ai d’ailleurs rencontré qu’une seule autre pèlerine en cours de route à part eux deux… kapatakan, un chemin encore peu fréquenté mais qui – prédiction personnelle – deviendra un gros hit… trop beau… trop près… pour rester caché… en ce sens, merci madame Sylvie Cimon d’avoir eu la vision et l’intuition et l’avoir mené à terme… le projet marche de lui-même…
donc un court bilan, synthétique, concis, atmosphérique, pour boucler la boucle, pour refléter ce qui reste des pas entrepris sur ce rite de passage… mais quoi dire de tous ces pas au juste ? car un pas ne fait que passer, et se fondre dans le prochain, et le prochain, et le prochain… vipassana en action… vipassana sur deux pattes…
quelle liberté de marcher librement, sans attache, la tête tellement pleine d’idées que ça appelle le vide éventuellement…
donc trajet de 215 kms et un peu plus parcouru en une semaine… entre 25 et 35 kms par jour, la dernière journée s’élevant à plus de 50… journée de fou ou la seule fois où les directions n’étaient pas si claires que ça (car il faut le dire, ce sentier est super bien balisé, les directions toujours claires), j’ai marché un 10-12 kms extra au 40 planifiés… trop près de la fin pour arrêter… même si on ne marche pas pour aller quelque part, la destination nous appelle quand même…
d’ailleurs, ce jour-là, au moment où je me rendais compte que je marchais dans la «mauvaise direction», l’idée m’a traversé la tête que je venais de marcher «pour rien»… et je me suis alors demandé ce qu’était marcher «pour quelque chose»… car on marche pour marcher, pas pour arriver quelque part… on marche toujours vers soi… nous sommes le point de départ, nous sommes la destination… un pas à la fois, un pas à la foi…
alors comment ce fut cette belle grande marche me demandez-vous ?
en fait délicieuse… si simple, un pas à la fois, un pas à la foi… ça ramène aux priorités, soit la solidité sur ses deux pieds, un peu d’eau, un peu de bouffe, de l’air frais, un terrain plat et tranquille pour la tente le soir, et boire de la beauté sur la route, voir toute la beauté dans ses propres yeux … le Fjord du Saguenay est vraiment envoûtant… on marche en soi, les yeux ouverts, on marche vers soi, le coeur aussi…
et on marche sa parole, on marche sa vie… un pas à la fois, un pas à la foi…
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lien vers la bande annonce du documentaire en devenir… allez voir…
http://www.christinenaulle au.com/productions-les-ampoules-aux-pieds
en même temps, une campagne de financement… toute aide sera appréciée…

traduction : je ne sais pas où je m’en vais mais je suis en route…

Tu as dit juste… un pas à la fois!
Et plusieurs fois, alors qu’il semblait que je tournais en rond et que je m’impatientais, je me suis demandée quelle était la différence à connaître la destination ou être désorientée puisque de toute façon, je finis toujours par revenir chez moi (dans les deux sens du mot, ma maison et à l’intérieur de moi)… et la réponse était que peu importe où je vais ou ne vais pas, ce n’est que de la façon dont je voyage. Alors, je me suis mise à relaxer… Faire un pas dans une direction ou une autre me mènera au même endroit un jour et à la fin de mon Grand Voyage, il ne restera que le plaisir et la façon d’avoir voyagé!
Merci pour le lien de ce parcours et des brides du tien.
Namaste.
Très inspirant. Merci..
Merci Ati,
Petit documentaire très intéressant.