aux deux bouts de l’arc-en-ciel

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♥♥♥ – 16/5/2020

l’amour au temps du Corona / quarantaine sur la voie de sortie ?

j’ai vu jadis dans une publication une analyse humoristique qui comparait la similarité entre les premières étapes de vie et celles de nos derniers jours, celles du l’ultime bout avant le grand repos :

vulnérabilité et délicatesse, fébrilité sur ses 2 pattes, une certaine lenteur, incontinence et couches, manger mou qu’on se fait mettre dans la bouche à coups de petites cuillères, etc… en effet, des points communs…

comme si rendu(e)s au bout de notre vie terrestre, on en revisitait ses débuts… seconds débuts comme disaient les publicistes de notre enfance…

même l’Alzheimer incite certains ainé(e)s à se rappeler en priorité les premières bribes de leur existence en leur faisant oublier les détails plus récents de leur vie adulte…  comme s’ils et elles se préparaient à revenir à la maison, le home sweet home éternel pré et post incarnation…

par contre, ces temps-ci, on constate avec violence à notre humanité que les seconds débuts sont beaucoup moins roses que les premiers…

ce qui est d’une immense et infinie tristesse… qu’aucun chiffre ni théorie ne devrait nous faire oublier ou rationnaliser… nous, en tant que société moderne, devons sentir cette souffrance commune, entre autre pour en tirer des leçons…

car au-delà de nos grandes analyses socio-politiques plus ou moins amateures, tissées à coups de Youtube et autres posts FB, nous vivons tous et toutes cette triste réalité en nos corps et âmes, qu’on ait ou pas des parents ou grands-parents placés ou assignés à leur domicile…

immense tristesse communautaire que l’on doit tous et toutes porter… et ressentir car dans l’air du temps et très réelle…

heureusement, la réalité est moins sombre pour les nouveaux nés qui ne sont pas conscients des circonstances, du moins des détails… ou peut-être que ces âmes récemment incarnées ont-elles conscience du maintenant et que c’est justement pour refaire le monde qu’ils/elles ont pris corps en ce temps particulier ?

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car on dit que les âmes choisissent leurs parents et les circonstances dans lesquelles s’incarner… faisons confiance aux âmes alors…

questionnantes les naissances ces jours-ci non ? bonheurs à petite échelle et mystère dans le grand escabeau…. mystère quand tu nous tiens en ton sein…

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en effet, si la prospérité d’une nation se reflète dans la qualité du traitement offert à ses  personnes âgées (et de toutes les personnes les plus vulnérables en fait), on doit absolument en tirer des leçons car le cri du coeur social est flagrant…

et cela nous concerne tous et toutes, alors stérile et inutile de blâmer les gouvernements, autant passés qu’actuels… nous sommes tous et toutes partie prenante de cet actuel fiasco…

et c’est maintenant, avec cette tragédie, que débute la grande prise de conscience, la grande réconciliation…

réconciliation autant avec les soins de fin de vie, qu’avec notre attitude face à la mort…

car impossible de toujours repousser la vieillesse et la mort par en avant, de glisser sous le tapis ce que l’on veut moins voir, de tenter de se cacher le visage devant la culmination de notre réalité terrestre… tout nous y mène… un des grandes leçons du moment…

alors ce moment, qu’une totale acceptation de notre immense vulnérabilité humaine et hommage à tous ceux et celles – elders, ainé(e)s, vieux et vieilles, personnes âgées, sages, peu importe le nom qu’on leur impose – qui nous ont devancés sur cette route… merci…

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nous pensons à vous de tout coeur…

et ne vous oublions pas… et espérons que nous apprenions à vous écouter, que nous puissions apprendre de votre expérience de vie…

et à mourir aussi jeune que possible le plus tard possible…

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avec vous, même à distance… puissiez-vous le sentir, même sans contact, à petite et grande distance…

surtout à distance… aucune distance vraiment…

car un seul et même coeur…

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qui bat à l’unisson, les uns avec les autres, les uns dans les autres…

le mien, le tien, le nôtre, le vôtre…

et ci-bas, une pièce musicale – Coming Home – et une chronique touchante de Stéphane Laporte par la suite…


We are coming home
Safely coming home        
We are coming home       
Sweet home again            

As we are approaching           
Getting closer and closer  
We all have to leave           
Our luggage behind               

As we’re getting nearer       
Getting lighter and lighter   
We’re finding our way        
Back home again                

Para sempre home again
Para sempre home again


LA PEINE

Mardi soir, je regarde l’indispensable émission d’Anne-Marie Dussault, 24/60, sur RDI. Clémence DesRochers, en direct de son jardin, se souvient de sa grande amie Renée Claude, emportée, le matin même, par la COVID-19.

Les yeux tristes, la voix nouée, Clémence dit : « Je suis fatiguée des peines qu’on a. C’est épouvantable. D’abord, on vieillit… Mais de voir partir Renée et Monique Leyrac… C’est toute une époque dans laquelle on vivait… »

Sa douleur et son découragement traversent l’écran et me frappent en plein cœur. Soudain, je prends conscience de la tragédie qui nous attend tous au détour. Il n’y a pas que notre mort qui nous guette. Il y a aussi la mort de ceux qu’on aime. Il y a surtout les morts de ceux qu’on aime.

On vit d’abord la grande souffrance de perdre ses aïeux. Sa mère, son père, ses oncles, ses tantes, ses maîtres, ses guides. Ça nous déconstruit. Pour se consoler, on se dit que c’est le cycle de la vie. Que c’est la loi du temps. Qu’ils étaient là avant nous. Et que c’est normal qu’ils soient rendus au-delà avant nous aussi.

Mais quand commencent à disparaître les gens de notre cohorte, les gens de notre époque, ça doit être infernal. Les paroles rassurantes ne tiennent plus. C’est toujours le cycle de la vie. Mais c’est notre cycle à nous. On fait partie du tourbillon. 

Ce sont les gens de notre présent qui s’évanouissent. Comme si le puzzle du destin, qu’il nous avait fallu tellement de temps à résoudre, se défaisait morceau par morceau.

« Fatiguée des peines qu’on a… »

Je me mets à la place de Clémence. Apprendre que son amie est partie. Son amie avec qui elle a eu 20 ans. Son amie avec qui elle a ri, chanté, dansé. Son amie avec qui elle était au début du temps nouveau. C’est une lumière qui s’éteint dans sa demeure. Une chambre qui se condamne. Un jardin qui rétrécit. Une vivace qui ne refleurira plus.

Un deuil, ça épuise. Imaginez quand il s’ajoute à d’autres qu’on vient à peine de traverser. Ça accable.

Des âmes fatiguées, il y en a plein, en ce moment. Tourner ou faire glisser les pages nécrologiques du journal donne le vertige. Il y a tellement de noms, tellement de visages, tellement d’existences qui se terminent en 2020. Le récit d’une génération se transforme en épitaphes. Et pour chacun de ces êtres, combien de proches abandonnés. La peine de ces milliers de gens, on ne l’entend pas. Leurs larmes sont trop discrètes, trop sincères pour passer par-dessus le tumulte de nos humeurs quotidiennes.

Faut dire qu’on a raison d’être maussades. On a raison d’être à bout.

Il y a ceux qui se plaignent du confinement et ceux qui se plaignent du déconfinement. Ceux qui se fâchent parce que le port du masque n’est pas obligatoire et ceux qui se fâchent parce qu’ils ne veulent pas le porter. Ceux qui ne sont pas contents parce qu’ils vivent dans une zone où les enfants peuvent aller à l’école et qu’ils sont contre le fait d’envoyer leurs enfants à l’école, et ceux qui ne sont pas contents parce qu’ils vivent dans une zone où les enfants ne peuvent pas aller à l’école et qu’ils voudraient tant envoyer leurs enfants à l’école. Ceux qui sont scandalisés parce que le Dr Arruda danse mieux qu’eux. Ceux qui sont fâchés parce que les terrains de golf sont ouverts et que les terrains de soccer ne le sont pas.

Ça gueule fort sur les réseaux sociaux. Heureusement que les postillons ne sont pas en pièces jointes.

C’est vrai que ce que nous vivons est intolérable, mais un peu de retenue ne nous ferait pas de mal. Même que ça nous ferait du bien. 

Par respect pour les milliers de morts, par respect pour les milliers de proches éprouvés, pourrions-nous juste baisser le ton ? Pour honorer un deuil, il ne suffit pas d’une minute de silence. Ça prend aussi des heures de douceur.

Débattons civilement. Sans jamais oublier que les plus éprouvés dans tout ce chaos, ce sont ceux qui se sont tus pour l’éternité.

Renée Claude est l’une des rares victimes dont la voix résonnera encore. Si vous voulez apprendre comment on peut, à la fois, s’exprimer avec puissance et douceur, écoutez-la.

Ça m’a ébranlé de voir la peine de Clémence, dans ma télé, mardi soir. Mais en même temps, c’est ce que j’avais besoin de voir. Dans tout le drame que nous vivons, la peine est trop absente.

C’est en ressentant la peine des autres qu’on renoue avec la sienne.

C’est en ressentant la sienne qu’on finit par la dénouer.

Pour ne pas traîner des mottons de peine durant des années, faudrait la déposer. Pour pouvoir s’en reposer. Et en être moins fatigué.

Pour trouver la paix dans son cœur, il faut d’abord y trouver sa peine.

Mes condoléances à toutes les familles endeuillées.

Et un gros câlin à Clémence.

2 réflexions au sujet de « aux deux bouts de l’arc-en-ciel »

  1. Samano

    Heureusement qu’il y a Clémence, Stephane, Ati…..Heureusement qu’il y a des êtres si inspirants et quelque soit l’âge !
    Et bon voyage, bon retour à la maison chère Renée Claude !

    Répondre
  2. Prashanti.

    Sentir sa peine , sentir leur peine , la vivre et pouvoir la partager , quand c’est possible.
    Quelles belles chroniques.
    Merci.

    Répondre

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