OK ! qu’est-ce que la vie veut écrire à travers le chroniqueur aujourd’hui ? qu’est-ce que ça veut dire ? est-ce que ça veut seulement écrire ? y-a-t’il quelque chose à dire qui vaille ? la peine… ou la joie…
matin sans inspiration précise, matin neutre, matin gris… matin extra ordinaire, extra ordinarement ordinaire… matin calme, matin plat… matin comme la vie certains matins, rien de spécial à dire, rien de spécial à vivre, matin plain, nature… sans gras trans… matin d’automne… matin qui se lève mais matin qui ne lève pas, et qui ne tombera donc pas non plus…
matin sans objet extérieur, qu’un sujet en attente de mots, qu’un sujet constituant lui-même l’objet de ses dires… ou plutôt de ses non-dires… esclave des mots… obéissant au mystère… qui vient… ou pas… qui est toujours là… mais qu’on voit, ou pas…
matin de chroniqueur qui se présente nu, à vif, devant ses lecteurs/lectrices… matin où il pourrait tout aussi bien demeurer muet le chroniqueur, et garder ses mots pour lui… où il pourrait sauver ses mots et laisser les lecteurs en paix et en plan… leur faire faux bond… mais il s’essaie, pour voir, pour dire ce que dire se veut… ce que dire se peut… écrive qui peut, lise qui veut… sauve qui peut…
matin pour jouer avec les mots car ce matin ce sont les mots qui se jouent de lui, ils lui filent entre les doigts, lui glissent entre les mains, ils évitent le clavier, ils se font rares, ils se font agace-disette les mots…
en cette ère techno, le syndrôme de la page blanche s’est transformé en syndrôme de l’écran blanc… qui pourrait tout aussi bien demeurer vide, vierge et pur… que la vie ne s’en formaliserait pas pour autant… vous feriez alors autre chose en ce moment… vous seriez ailleurs, je vous aurais faussé compagnie… et vous viveriez quand même très bien votre vinaigrette… et moi la mienne…
pourtant, des mots quand même… des lettres qui forment des mots pour dire l’entre-mots, des lettres qui peuvent prendre vie ou rester lettres mortes… des mots écrits, émis et mis en page pour dire l’indicible, des mots pour vaincre le silence qui n’a pourtant pas besoin de se battre, car éventuellement c’est lui qui gagnera de toute façon… le silence est d’or… et déjà gagnant… il englobe les sons, les bruits et la musique…
pourtant, des mots quand même… un vide sanitaire de mots, pour la santé du mental du diseux de bonne aventure matinale, une page blanche dans la tête, une plage pure sans mots, sablée par les vents du large… une poésie clique clinquante, battante et boitant de l’aile…
pourtant, des mots quand même… une panne d’inspiration rendue publique, pour la faire belle, la partager et l’apprécier pour ce qu’elle est… pour la révéler, la reléguer aux oubliettes, la sortir de sa disette… allez allez ma panne, dépanne, dépanne…
pourtant, des mots quand même… même s’ils ne veulent rien dire… mais ne veulent-ils pas toujours dire rien de toute façon mes mots ? que puis-je dire que vous ne savez pas déjà ? que pouvez-vous lire que je n’aie pas déjà écrit ? car la vérité se trouve bien au-delà des mots, en-deça des mots… elle se trouve entre les mots, ailleurs qu’en mots… en bas, en haut…
pourtant, des mots quand même… car la vérité se rit, se vit, elle ne se dit ni ne se lit… et malgré cela, des mots quand même…
allez, journée extra ordinaire à vous…

