salut le monde…
le matin, au réveil, avant que les yeux ne s’ouvrent, les oreilles sont déjà au poste… et en ce maint ensoleillé, les oiseaux se flirtent à qui mieux mieux autour de moi, cruising bar forestier, les unes à la recherche du mâle reproducteur, les uns de la femelle qui portera ses petits… je ne sais pas comment ça se décide chez les oiseaux… mais on dit que s’ils chantent autant au printemps, c’est principalement pour se trouver et fonder famille… pas si différents des humains finalement… mais en plus simple peut-être ? ou peut-être que ces chants d’oiseaux ne sont que de dynamiques chicanes de couples déjà ? mais ça séduit le lobe et son tympan en tous cas…
et ce jeu de séduction qui me ramène tout naturellement à mon koan : qu’est-ce que la solitude ?
dans la tradition zen, un koan est une sorte de question qui n’a pas vraiment de réponse comme telle, un paradoxe qui demande résolution, un certain non sens à – tenter de – résoudre, une question piégée pour le mental… du genre qui suis-je ? qu’est que l’amour ? la vie ? que fais le son d’une main qui applaudit ? qui a créé le créateur ? d’où viens-je ? où vais-je ?
un os que le mental rongera… autour duquel il tournera en rond… pour l’épuiser, pour qu’il lâche prise éventuellement et qu’il ne reste que le témoin qui pose un regard direct sur la vie… sans le filtre du mental qui interprète, juge, classe, rapetisse, négativise, limite… l’immensité de la vie en nous, hors de nous, la vie avec nous dedans… avec tout ce qui vit dans sa plus pure expression… tel le chants des oiseaux, le temps qui passe, la nature qui se déploie, la simplicité d’être, l’espace entre la naissance et la mort, le mystère…
le koan vit en nous quand on l’adopte sincèrement, il s’immisce dans notre corps, dans notre tête, dans notre être… il se loge en nous, nous habite, il nous sable le non-essentiel, enlève le superflu, nous décape la boîte à concepts, nous ramène à la source, il force le petit Je à se questionner sur sa propre existence séparée du grand et du ptit tout, il nous mêle royalement les idées en un grand smoothie existentiel… l’idée est de rester présent, observateur, neutre… ou de se perdre et de revenir ici… du zen quoi ! le but n’est pas la réponse, c’est le processus… et quel processus les ami(e)s ! sans fin… catch 22… et revenir…
et la solitude elle, qu’est-ce que c’est ? n’avoir personne autour ? c’est se sentir seul au monde? ne pas être en couple? enfermé dans sa tête ? emmuré dans son corps ? se sentir déconnecté de Dieu, de la nature et du reste ? c’est se croire autonome ? c’est sentir le manque sans la présence d’une autre ? c’est un vide à remplir ? bla bla… et on revient à soi, on observe, on respire…et on continue… on vide la question de tout son sens…
ça fait un an que ça roule pour moi ce koan et lentement mais sûrement, quelque chose se fait trouver… une piste se trace dans la sable mouvant du mental, un filon se laisse trouver… le supllice de la goutte… lentement, très lentement, comme la vie qui coule, comme la nature qui se déploie, comme le temps qui nous passe sur le corps et dans l’âme… le koan fait son chemin… me démembre, me donne le tournis…
en anglais, ils ont deux termes distincts pour définir la solitude : loneliness, qui implique un manque, un inconfort, une absence plus ou moins pénible de l’autre… et d’autre part, il y a le terme aloneness qui témoigne d’une présence de soi et en soi pleine, comblée, sans manque de quoi ou qui que ce soit… évidemment, c’est ce que nous recherchons tous et toutes… et la plupart du temps, nous passons de l’un à l’autre… en français, on doit jouer avec le même terme et travailler autrement…
si la vie implique d’autres personnes, en tous cas la mort, elle, est individuelle et ramène à notre solitude à sa plus simple expression… mourir à soi pour devenir le monde… car on dit aussi que la solitude n’est qu’une illusion, une séparation… qu’on ne fait qu’un avec le tout… beau concept… en effet, comment penser que l’on peut être seul en ce monde… l’air que l’on respire contient tout ce qui vit autour, même la poussière d’étoile… l’eau que l’on boit n’est que la même humidité recyclée sous diverses formes depuis toujours, les aliments que des solides poussés, fanés, digérés, expulsés et ramenés sans fin dans la même chaîne alimentaire dans laquelle nous nous situons… comment être séparé de tout ça ?
qu’est-ce que la solitude ? je me fouille l’âme et je vous reviens là-dessus…
en terminant, les mots d’un des plus grands et regrettés poêtes québécois :
et qui connait la solitude sait qu’elle est plus terrible à deux – Sylvain Lelièvre…
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sites sur lesquels vous trouverez quelques koans:
http://www.evene.fr/citations/theme/koan-zen.php
http://www.unisson06.org/dossiers/religion/ecrits_spirituels/bouddhisme/anthologie_koan.htm
