Les chroniques inutiles… écrire pour écrire (36)…

Imaginez…

Chronique hommage à mon ami Benoit Duchesne, un être d’exception, une rare source d’inspiration… un ami précieux… un Bouddha sur 4 roues…

imaginez… vous avez vécu pendant 40 quelques années une vie normale, à 100 milles à l’heure, maison, succès, famille, business, partys, amis, sports extrêmes, musicien, go go go, name it… la belle vie quoi…

imaginez… vous imaginiez que ça allait continuer comme ça toute votre vie… pourquoi ça aurait dû être autrement, sky is the limit non ?

imaginez… vous vous réveillez un beau matin d’août au retour de vacances formidables dans l’ouest canadien avec votre blonde et votre fils et tout à coup, vous vous sentez bizarre et plus aucun de vos membres ne répond à vos commandes: sésame ouvre-toi, lève-toi… sésame, sésame… fuck ! qu’est-ce qui se passe ?

imaginez, vous aviez tout ce dont vous aviez toujours rêver… et tout à coup vous ne pouvez plus y toucher, y goûter, y prendre part… c’est autour de vous, vous le voyez mais vous êtes tout à coup emmuré en vous-même, prisonnier de votre propre corps… interdit d’accès…

imaginez… vous vous réveillez à l’hôpital et vous réalisez que ce n’était pas un cauchemar, good morning ! c’est bel et bien votre nouvelle réalité… that’s it ! vous ne pouvez plus bouger… et ne le pourrez plus jamais… cauchemar éveillé… et emmuré…

imaginez… votre nouvelle réalité… un état de stupeur totale qui vous rend complètement prisonnier de votre corps… légume comme on dit, tant qu’on a le luxe de ne pas connaître personne qui vit une telle condition, plus jamais on n’utilise ce mot après…

imaginez… votre nouvelle condition se nomme locked-in syndrome… quoi ? syndrome de verrouillage… en français… quelques cas assez rares dans le monde…

imaginez… vous devrez passer des mois à l’institut de réadaptation de Montréal pour tout réapprendre, absolument tout…

imaginez… le courage et l’effort que ça prendra pour réapprendre à respirer par soi-même, réapprendre à manger parce qu’un tube dans le ventre avec du soluté qui passe direct dans votre estomac, ça ne vous tente pas, mais pas du tout…

imaginez… vous vivez toujours dans ce même corps d’athlète mais dorénavant, ce corps ne vous appartient plus, il ne bouge plus, ne répond plus à aucune de vos commandes, le remote est kapout, la zapette est morte…

imaginez… vous sentez tout, voyez tout, entendez tout, pensez comme avant, plus qu’avant, mais tout reste pris en dedans… et les gens ne vous adresse souvent plus la parole car ils ne savent pas si vous êtes conscient ou ils sont simplement trop mal à l’aise…

imaginez, ça vous pique sur la fesse gauche mais vous ne pouvez pas vous gratter, vous avez envie d’un numéro un ou d’un numéro deux mais impossible de vous déplacer… qu’est-ce qu’on fait ? shit je suis de marbre…

imaginez… tout ce que vous mangez – déjà un miracle en soi à réussir – est passé au mélangeur et en ressort en purée, tout ce que vous buvez est une slush pâteuse… mais au moins ça goûte et ça sent bon… et ça, ça vous rend heureux…

imaginez… tout ce que vous mangez et buvez vous est donné à la cuillère… par autrui… en fait, vous dépendez des autres pour absolument tout ce que vous avez besoin pour survivre… bye bye autonomie vous dites…

imaginez… vous réussissez non seulement à survivre à tout ça, mais en plus vous écrivez un libre sur votre expérience avec l’aide d’une journaliste, vous le faites avec un moral de fer et, la majorité du temps, avec le sourire et un sens de l’humour contaminant, vous êtes un soleil dans la vie de plusieurs des gens que vous rencontrez…

imaginez… cet homme, aidé de quelques ami(e)s fidèles, non seulement passe à travers cette épreuve mais en plus il met sur pied un organisme pour venir en aide aux quelques rares autres personnes dans sa situation et leur famille… mon ami est un organisme… yes sir ! at a boy mister Ben !

imaginez… vous accompagnez Ben en prison où il va faire un témoignage et vous entendez un détenu rough and tough, les larmes aux yeux, lui dire à la fin de la soirée : nous on a la libération conditionnelle, pas toi ! merci Ben…

imaginez, vous faites votre premier concert par un beau vendredi soir d’avril glacial et cet ami se déplace de Ste-Anne-des-Lacs à Val-David dans sa van adaptée, avec sa préposée Karine, pour vous entendre;

imaginez, des fois on se plaint vous et moi que la vie n’est pas juste, que Dieu est sans coeur avec nous… que que que…

imaginez… quel luxe de pouvoir seulement imaginer tout ça nous autres…

imaginez, cet homme, c’est mon ami ! Je t’aime Ben et je suis plus que fier que tu sois dans ma vie… merci Mister Ben de nous aider à devenir plus humains, de meilleurs humains, à apprécier le simple fait de bouger, de relativiser…

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pour en savoir plus et aider de diverses manières, dont par dons (pardon… je ne pouvais m’empêcher):

Site web:

http://www.obd.qc.ca/Accueil.html

Sur Facebook:

http://www.facebook.com/pages/Organisme-Beno%C3%AEt-Duchesne-syndrome-de-verrouillage-locked-in-syndrome/175901079103156

Film à voir sur le sujet : le scaphandre et le papillon

Livre: Un esprit clair dans une prison de chair, Éditions La Semaine, 2008, 154 pages / lien pour commander le livre: http://www.obd.qc.ca/Publications.html

2 réflexions au sujet de « Les chroniques inutiles… écrire pour écrire (36)… »

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