si lents cieux

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les dernières chroniques – 28/3/18

traduction : le silence n’est pas l’absence de son, c’est l’absence de soi… – Wu Hsin

ah, ce cher silence… tant recherché, tant voulu… pourtant si rare, si précieux… et si presqu’insoutenable qu’on s’entoure constamment de bruit…

le silence n’existe à peu près pas de nos jours, du moins, si rare… car même lorsqu’on ne parle pas, on pense et penser fait tant de vacarme… penser fait une tonne de brique de bruit…

en ce sens que cette citation est si précieuse… elle pointe vers la réelle source du silence : pas tant l’absence de son que l’absence de soi qui est, au fond, présence de tout bruit… le soi est la paroi sur laquelle la vie se répercute…

il me semble plausible de croire que seulement lorsqu’on disparait complètement, lorsqu’on n’est plus, alors seulement le silence peut être… soit le soi, soit le silence…

à première vue, à première écoute, le silence semble parfois être présent.. mais qu’un silence apparent car lorsqu’on observe avec finesse, lorsqu’on tend l’oreille, on note toujours un bruit quelconque quelque part… soit en soi, soit en dehors… qui au fond ne sont que la seule et même chose…

car subsiste toujours le bruit omniprésent de ses propres pensées, ou de sa propre respiration…

car penser fait du bruit, penser est noisy… le bruit des pensées est probablement l’une des source de bruits les plus assourdissants… même s’il est difficilement perceptible, le bruit de nos pensées prend toute la place, il cacophonise le monde entier… il masque le silence, le gomme le vide…

même ici en nature, loin des autoroutes et autres sources de distractions sonores, le silence pur est rare… toujours un arbre qui craque, la neige qui fond, la terre qui respire, un oiseau qui chante ou piaule, un arbre qui parle à l’autre sous la terre… suffit d’écouter pour entendre…

près de chez-moi, sur un bout de route perdu et peu fréquenté entre deux villages, il y a un bout de quelques km sans poteau électrique… et j’y marche fréquemment… et bien chers lecteurs/trices, imaginez-vous que c’est là que j’ai réalisé que même les fils électriques font du bruit… c’est par leur absence que j’ai réalisé l’ampleur du bruit qu’ils font…

oui oui ces fils aux apparences toutes silencieuses émettent un infime son, celui du courant qui circule, le bruit de l’électricité… c’est en marchant en l’absence des fils électriques que j’ai réalisé tout le bruit qu’ils font… comme s’il manquait quelque chose et ce manque a permis de réaliser le silence… j’imagine que même le wifi s’entend, si on est assez sensible, en plus de se sentir si électrosensible…

définitivement, le silence est quasiment inexistant car nous portons en nous la plus grande source émetteuse de bruit : notre mental… toujours on, toujours en fonction la machine, même dans notre sommeil… 24/7/365… bla bla bla, tac tac tac, tchik tchik tchik, vroum vroum vroum, ça dépend des modèles…

pour cette raison probablement que la seule façon de s’évader hors de tout bruit est de sortir de soi… en désenclenchant le mental… s’en glissant hors, s’en extirpant, s’y soustrayant… en l’observant, en le regardant, mais jamais en l’affrontant car le mental est plus vigoureux que soi… on ne peut que l’amadouer, l’observer, le mettre en garde à vue et le regarder aller… le propre de la méditation, de la contemplation… se laisser pénétrer pour tout pour éventuellement ne plus être que ce tout…

s’effacer, se soustraire à soi-même, se désamorcer en tant qu’entité concrète pour ne devenir que présence subtile, silencieuse, fantômatique… glissant sur la vie, effleurant la matière, frôlant la prétendue réalité…

habituellement, le silence s’observe dans la lenteur, dans la lente heure du temps qui passe sur soi… à-travers les unités de mesure du temps qui passent dans les divers mécanismes calculateurs de temps, ente chaque tic tac de ce temps qui nous glisse entre les pensées…

définitivement, le silence est la ressource naturelle la plus rare qui soit donc, du coup, aussi la plus essentielle… mais aussi la plus subtile, la plus négligée…

le paradis ne peut qu’être pur silence, silence pur…

et pour goûter à ce pur silence, cela requiert que l’on se sorte de soi-même, qu’on laisse le mental de côté afin de se glisser dans la parenthèse du moment impermanent, dans l’espace presqu’insoutenable de now here qui se glisse subtilement entre deux respirations…

mais pour pouvoir entendre le silence, essentiel de se mettre en complète disponibilité… pour possiblement et éventuellement pourvoir l’entendre… en fait peut-être que l’on n’entend pas le silence, peut-être ne peut-on que le devenir ? car le silence est le subtil chuchotement des esprits des lieux… si lents les cieux…

écoutons donc pour voir…

2 réflexions au sujet de « si lents cieux »

  1. Prashanti

    Divinement beau !
    En premier, j’ai traduit : absence de Toi …la tristesse est venue.
    Et puis : absence de Soi …..j’ai goûté à la vastitude du silence.
    Merci beaucoup pour la délicatesse de ton écriture.

    Répondre

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