Les chroniques inutiles… écrire pour écrire (59)…

j’m’ennuie môman…

j’ai 3 ans, je viens de mettre une cuillère pleine de Drano  dans ma bouche (vous savez la poudre pour débloquer les tuyaux… ça marche vraiment ça !)… je sais, je sais… pas ben ben brillant mais que voulez-vous… faut découvrir la vie, faire ses expériences…  ça a toujours été mon motto… et je pense que c’est après moi qu’on a inventé les bouchons anti-enfants…

donc 1964, Montréal-Nord, rue Prieur… panique générale dans la cabane… allez vite un taxi, ma soeur, ma mère et ma tante, direction Ste-Justine, toute vitesse…  après c’est flou… mais c’est triste et seul… c’est les machines, les tubes, l’hôpital… les grands et longs couloirs… les néons… et je me souviens avoir porter une couche… à 3 ans, ayoye ! quelle humiliation… en public en plus… mais surtout de voir ma mère s’en aller… même si elle revenait presqu’à chaque jour… elle partait surtout… à chaque soir, m’abandonnait, me laissait à l’hôpital, seul… sans ma môman… hier c’est aussi un peu ce feeling-là qui me traînait dans le corps, ce souvenir qui me trottait dans l’âme… l’abandon, la solitude… un ptit gars abandonné par sa môman… pas le genre d’affaires à raconter dans une chronique hein ?

hier, je pensais beaucoup à la fête des mères d’aujourd’hui et au fait que je n’ai plus de mère vivante à célébrer depuis 8 ans… et je réalisais aussi que je n’ai jamais vraiment pleuré la mort de ma mère… pas totalement en tous cas… j’ai joué à être le grand garçon fort, celui qui était là pour la soutenir sa mère… la veiller… en prendre soin, la rassurer, l’écouter… pis 8 ans plus tard, les larmes coulent… le coeur est gros… le ptit gars manque sa môman… tout simplement…

ma mère a passé ses deux derniers mois à l’hôpital, cancer des poumons, qui s’est généraliser… elle a passé par toutes les phases normales… deux mois, tac tac tac, short & sweet… assez de temps pour prendre le temps, pas trop pour qu’on le trouve long… de la grâce jusqu’à la fin mimi… quelle belle période d’accompagnement… d’apprivoisement de la mort, de sa mort… avoir sa famille autour d’elle la rendait heureuse, l’ultime bonheur d’une mère aimante, d’une mère mourante…

pendant ce deux mois, je me souviens d’une nuit précise où on nous avait demandé qu’au moins une personne soit présente auprès d’elle car ce n’était pas certain qu’elle passe la nuit, ça passe ou ça trépasse… et c’est moi qui pouvait côté timing… après une nuit de sommeil très très calme, inquiétant en ta… ça ! au petit matin, elle se réveille en pleine forme… décidément, une boîte à surprise cette femme !

et quand le médecin passe pour prendre de ses nouvelles, surpris, il lui demande comme elle va… et elle lui dit en souriant radieusement : ça va très bien, mon fils est docteur lui aussi et il m’a guéri pendant que je dormais ! (quelques jours avant, je venais de recevoir mon diplôme de doctorat, en criminologie ! mais détail, ma mère n’a retenu que doctorat…) quelle sensation pour un ptit gars… sauver sa mère des bras de la mort… content content le ptit docteur Welby…

ma mère, comme plusieurs femmes de toutes les époques, a été de son vivant et même dans la mort un exemple de courage, de force, de détermination, d’amour, de compassion, de solidité, name it, vous savez vous aussi… vous en avez ou en avez eu une mère… et je crois que si on l’avoue et se l’avoue… ou pas.. toute notre vie, nous autres les gars, on cherche et recherche notre mère… faites-vous en pas les girls, paraît que ça marche aussi de l’autre bord…

on cherche notre mère dans LA femme, dans notre blonde, dans nos ami(e)s de filles, et même on la cherche dans toutes les expériences de la vie, ce feeling de bras de môman… simplement poser la tête sur ses seins et s’abandonner… retourner dans l’utérus, retrouver le sein maternel… ben oui, on finit aussi par devenir mature et dépasser ça… ou pas… ou en tous cas pas totalement nécessairement, mais ça part jamais totalement… la rivière coule, coule et s’écoule… jusqu’à la mère…

j’me sens orphelin… j’m’ennuie de ma mère… un peu, beaucoup, maternellement…. ceux et celles qui ont perdu leur mère savent, connaissent la force de cette perte, l’impact de cette coupure, la coupure ultime du cordon ombilical… le dernier schlak… ça fait mal jusque-là… et plus… même si on ne vit plus avec sa mère depuis très longtemps et qu’on a fait sa propre vie, le dernier départ de sa mère nous scie les jambes, nous ramène au plus petit que soi en soi… nous précipite dans un endroit ou nous sommes tous et toutes fils et filles de la terre mère, fils et filles de Dieu… vierge Marie priez pour nous !

en passant comment vous l’appelez vous votre mère ? m’man ? maman ? môman ? mom ? la mère ? peu importe comment vous l’appellez, si elle est vivante, faites-le et dites lui… que vous l’aimez… chanceux/se…

et en terminant, je voudrais reconnaître et remercier Sabera et Charu, les mères de nos deux filles, Léonie et Fanny.  Merci pour avoir fait de nos filles deux personnes de coeur, brillantes, allumées, merci pour les milliers d’heures de soin, merci d’avoir été des modèles féminins dignes et sur lesquelles elles peuvent se projeter… merci de m’avoir montré comment faire, comment donner sans compter, comment être là, comment prendre soin… que cette journée soit bonne pour vous… je vous aime…

allez, bonne fête des mères… bonne fête môman… ma mimi à moi… en haut, haut ciel, qui veille sur moi, j’te vois, j’te sens… merci à l’infinimôman… love you mom…

guy

4 réflexions au sujet de « Les chroniques inutiles… écrire pour écrire (59)… »

  1. Ping : merci mes dames, mères si, mais dames | Ati Dion

  2. Ravi

    bon je cherche comment retourner aux premières chroniques, mais ne trouve pas le chemin, donc j’y vais à l’improviste………. ça fait partie de mon rituel de boire mon thé vert le matin au réveil en lisant les chroniques du chroniqueur perdu dans l’espace… trop jeune le chronik pour se rappeler de cet émission de tv a Radio Can que j’écoutais religieusement en me demandant c’est quoi l’espace….
    aux 5 femmes de ma vie, ma maman qui lentement se prépare pour son grand passage, Sashi qui a «réussie» son grand passage, je me permet de le croire, et mes 3 filles que j’accompagne du mieux que je peux (dont 2 sont maman) et la 3e qui le désire ardemment …………….. je vous aime…..
    d’un lecteur perdu dans l’espace qui apprivoise l’apesanteur du moment présent

    Répondre

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